Les croyances, inéluctables produits de la pensée

Les croyances sont à l’origine de tous nos biais cognitifs et des comportements que nous allons émettre en retour. Pourtant, elles ne sont que le pur produit de nos capacités réflexives.

Par conséquent, elles sont inévitables. Le développement se fait, malgré nous, simplement parce que nous sommes poussés par nos hormones, déterminées pour préserver la survie de l’espèce.

Notre cerveau réalise spontanément des liens, afin d’apprendre et de s’adapter. Il génère instinctivement des stratégies de compensation pour automatiser ses comportements.

C’est uniquement parce que nous savons que nous pensons, que nous croyons avoir un libre arbitre. Alors qu’il semble bien que nous sommes un système déterminé (mais non calculable), chaque instant étant prédéfini par l’instant précédent.

Le HP en mode psychanalytique

Suite à ma formation en thérapie systémique et stratégique à l’Institut Gregory Bateson, je comprends mieux les différences entre les courants de la psychologie clinique et j’en mesure plus précisément leur portée. Cette lumière m’apporte une nouvelle perspective sur le combat à l’œuvre dans le domaine du haut potentiel intellectuel.

Révoltée par les mythes propagés à outrance sur le sujet, je suis maintenant plus « sereine » de constater que les pseudo-vérités énoncées par les livres grands public ont été construites sur le même principe que la psychanalyse: les auteurs prenant simplement racine dans cette vision du monde qui est la leur.

En effet, basées sur des interprétations hypothétiques de cas cliniques (c’est-à-dire leur patientèle), ces croyances sur le HP ont été, sans aucune validation scientifique, généralisées en théorie, avec des traits de personnalité immuables au devant de la scène. Se basant sur un modèle normatif, ces traits qualitatifs inférés forment une étiquette (un diagnostic) avec un mode de fonctionnement distinct. Et, bien sûr, seul un expert (le psychanalyste) est garant du normal et du pathologique, et peut donc déterminer si son patient en fait partie ou s’il ressort plutôt des autres, qualifiés quant à eux par certains, de normo-pensants.
C’est avec ce type de pensée dichotomique que l’homme blanc européen a colonisé le monde, s’imposant comme LA référence!

De telles théories devraient être bien obsolètes… Mais le grand public est malheureusement loin de connaître l’ampleur du développement de la psychologie, Erickson et le Mental Research Institute de Palo Alto, ayant depuis lors introduit une notion constructiviste dans leur approche. Celle-ci semble pourtant toujours tellement avant-gardiste !
Il aura fallu attendre le milieu du siècle précédant et la fin de la guerre pour se libérer de ces visions normatives et primitives de la pensée.

Sommes-nous cependant tous prêts à changer d’angle de vue en ouvrant les yeux sur ces croyances infondées qui nous emprisonnent?
Il est nombre de gens qui « préfèrent des mensonges qui les rassurent aux vérités qui les dérangent » (Michel Onfray).

Nous sommes tous différents! Et c’est dans la confrontation à cette différence, par de multiples ajustements, que nous évoluons et que les changements s’opèrent…

Mode d’emploi pour détourner la notion de haut potentiel et créer un neuromythe qui rapporte

1. Inventer une pathologie en énonçant que le HP est un fonctionnement qualitativement différent qui n’amène que des difficultés et des échecs.

2. Décrire des traits spécifiques, des caractéristiques qualitatives distinctives, qui le définissent, en prenant des caractéristiques qui font que tout le monde s’y reconnaît, et se faisant, créer une demande pour alimenter son affaire.

3. Valider ses dires par des témoignages et des interprétations fausses d’études scientifiques ou par des études pour lesquelles il y a un biais d’échantillon.

4. Décourager les gens à se confronter aux faits réels (par une évaluation intellectuelle) pour ne pas que ceux-ci se rendent compte de la supercherie ou carrément discréditer ces tests.

5. Faire croire qu’on est les seuls à pouvoir les comprendre et les soigner.

6. Diffuser cela en masse via les médias en se faisant passer pour des experts pour créer une croyance.

7. Surtout ne jamais reconnaître ses erreurs et persévérer dans ses dires.

8. Former des professionnels ou autres, et donner des conférences, pour entretenir cette croyance.

9. Se faire plein d’argent sur la crédulité des gens parce qu’il est bien plus confortable de se faire apposer une étiquette d’HP que de se confronter à ses réelles difficultés.

Cqfd!

La jalousie, un sentiment produit par la croyance

Les croyances laissent l’homme penser que tout ce qu’il est ou possède est une récompense issue de ses bonnes actions.

Par là, il revendique un droit à avoir tout un tas de choses: de vivre vieux, heureux, d’avoir une bonne santé, d’être né dans un pays favorisé, d’avoir des enfants sans difficultés,… Et si cela ne se produit pas, cela génère un important sentiment d’injustice, puisqu’il part du principe que tout est un dû et qu’il n’a rien fait pour ne pas l’avoir.

Il en découle une comparaison : « Et pourquoi lui, il a ça et pas moi? Qu’est-ce qu’il a fait de mieux que moi pour avoir ce droit? Et moi, qu’est-ce que j’ai fait pour le perdre? » Toutes ces émotions négatives créent des biais cognitifs qui augmentent la perception négative de la réalité.

Les choses sont pourtant issues du hasard, de la conjonction entre la génétique et l’environnement. Ce n’est qu’en lâchant prise sur ce droit illusoire à une vie « normale » provenant de nos croyances, que nous pourrons accepter le réel tel qu’il est et que nous gagnerons en sérénité.